Ce matin, le 2 juillet 2009, nous nous sommes réveillés à Kathmandou (Capitale du Népal). De notre chambre, nous avons vue sur l’un des nombreux et immenses temples en bois, de Durbar Square (place centrale). Il fait frais, nous avons perdu au moins 10 degrés depuis que nous avons quitté Varanasi, quel bien-être ! Il rugit des haut-parleurs, de la magnifique place piétonne, des chants népalais patriotiques, rythmés par des « Népali, népali, népali ». Voici ce que j’en comprends… Un match, d’une sorte de boxe asiatique, ne me demandez pas laquelle, se déroule sous nos yeux depuis notre petit balcon. Le soleil brille, nous buvons notre premier café du matin…
- « Mais qu’est-ce que nous faisons à Katmandou ? ».
- « Oui, oui…j’y arrive » !
C’est une très longue histoire. Voici un « petit » résumé de nos derniers aléas
.
Tout d’abord, restituons le contexte initial
Arrivée à Bénarès
Nous sommes arrivés à Bénarès (Varanasi) avec comme ultime but, mais non le moindre, de vendre notre Enfield avant de partir vers la Thaïlande. Mon visa arrivant à échéance le 1er juillet, nous avions juste le temps de tout bien faire. En un jour, nous avons parcouru plus de 280 kilomètres, entre Bodh Gaya et Bénarès (Il faut signaler que cela est notre record… en Inde, la vitesse moyenne est très très faible…). Nous avons eu plusieurs pannes. La mousson n’étant toujours pas arrivée, il fait beaucoup trop chaud pour la moto… et pour nous! Nous nous arrêtons plusieurs fois dans des stations services pour nous tremper…. Mais l’air est brûlant, l’eau de la batterie s’évapore. Ben et moi souffrons vraiment de la chaleur. Sur la route, des chauffeurs routiers nous aident. Ils rechargent la batterie et nous offrent des cocas… Cela ne suffit pas pour que la Bullet nous amène jusqu’à notre destination finale et n’évite pas non plus, que je me déshydrate.
Le lundi 15 juin, vers minuit
Nous arrivons à Bénarès. Notre Enfield nous fait encore le coup de la panne. Nous devons dormir dehors. Vers minuit donc, après un kilomètre sans phare ni klaxon, la Bullet s’arrête net. Nous sommes dans une des rues en périphérie du centre ville. Il fait nuit noire. Des chiens aboient et se rapprochent. « Que faire ? » Nous sommes épuisés et ne pouvons plus recharger cette satanée batterie.
Un homme, que nous avons réveillé alors qu’il dormait dehors devant un établi de charpenterie, nous propose une planche en bois salvatrice. Il fait fuir les quatre chiens qui s’approchent dangereusement en grognant. Je suis tétanisée (depuis que ma sœur c’est fait mordre à la lèvre supérieure quand nous étions petite, j’ai des sueurs froides quand un chien s’approche en grognant). Je sais qu’ils défendent juste leur territoire à coup d’intimidation. Mais l’intimidation peu virer au cauchemar car une fois mordu, tout d’abord vous avez très mal, et surtout vous êtes bon pour le traitement contre la rage qui est long et coûteux. Mais revenons à notre histoire. Nous nous endormons rapidement dans la fraîcheur nocturne toute relative. La planche en bois et la gentillesse de notre hôte sont l’équivalent, pour moi, du carrosse offert par la Marraine-fée de Cendrillon.
Dès 5 heures du matin, nous nous réveillons avec la chaleur montante. Notre hôte a dormi dehors, à côté de nous, sous sa moustiquaire. Il nous offre un tchaï et une cruche d’eau pour nous laver le visage et les dents. C’est un homme simple qui respire la générosité. Bénarès, ville Sainte pour les Hindous, regorgent d’Hommes pieux (et de faux-Sadous proposant des pillules pour apprendre à voler
. Nous sommes dans une des rues bordant Bénarès et il nous reste une dizaine de kilomètre à parcourir pour arriver sur les Ghats, là, où se trouvent les guest-houses.
Miracle ! La moto démarre après 10 minutes de kicks acharnés. Parfois, c’est le destin qui parle et nous dit où nous arrêter. Nous parcourons quelques kilomètres et l’Enfield calle, de nouveau, devant la gare ferroviaire. Cette fois-ci, impossible de la redémarrer. Nous déchargeons nos sacs et prenons un rickshaw jusqu’à Godolia (place surpeuplée, la plus près des ghâts, après, il n’y a que des rues piétionnes, un labyrinthe de ruelles). La moto est laissée près d’un temple hindou. Il est 10 heures, nous arrivons à notre Guest-house et finissons notre nuit. Je suis malade. Ben épuisé. Nous décidons de n’aller récupérer la moto que le lendemain.
« Réparer, encore une fois, la Enfield… »
Mercredi 17 au matin
Ben part tôt. Non, sans craindre de ne pas se souvenir de l’endroit où se trouve notre moto et ne sachant pas comment résoudre ce problème de batterie. Il finit par la trouver et rencontre une charmante dame qui accepte de mettre la batterie en charge dans son magasin. Il rentre pour me proposer de manger avec lui, mais je suis incapable de me lever… Après la sieste obligatoire, sous les écrasants 45 degrés, il m’emmène chez le médecin. J’ai de la fièvre et je suis incapable de manger. Complètement déshydratée. Après m’avoir acheté mon « dispendieux » traitement, il repart vers la gare ferroviaire. La batterie est chargée. Enfin, la Bullet démarre !
Ben parcours alors les quelques kilomètres dans l’intense trafic qui mène jusqu’à Godolia. Rickshaws moteurs et vélos, piétons, mendiants, vaches sacrées, sadous, chiens errants, voitures, singes, policiers, vendeurs ambulants de fruits et de fleurs coupées, etc… tous forment une foule compacte, bruyante et harassante. Il faut avancer prudemment, parfois intimider pour forcer le passage. En fin de journée, lorsque le soleil vient juste de se coucher, tout le monde sort, pour profiter de la relative fraicheur, et vous vous croyez en plein milieu d’une manifestation, place de la République ! Ici, c’est le quotidien! Ben arrive enfin et gare notre moto dans l’une des rues principales, là où d’autres véhicules sont garés…
Jeudi 18 au matin
Ben m’amène à l’hôpital. Le traitement ne marche pas. Je n’en peux plus ! Je n’ai toujours rien mangé. A l’hôpital nous passons en premier. La consultation coûte dix roupies (près de 15 centimes d’euros ! Franchement, à quoi ça sert de payer une assurance en France ?… je vous conseille de juste prendre le rapatriement et une assurance décès. Le reste c’est de l’argent foutu en l’air !). Le médecin ne m’ausculte pas. Il écoute Ben, lui expliquer en anglais, mes maux. En deux minutes, il rédige une ordonnance. Toujours sans un regard vers moi, il nous invite à aller acheter le traitement. Je craque un peu… comment peut-il savoir ce dont je souffre ? Sans prendre ma tension ? Ma température ? Sans ausculter mon ventre ?… Nous rentrons à la maison. Traitement, sieste… je me sens déjà mieux! Nous ne buvons que de l’eau minérale enrichie de sels contre la déshydratation et commençons à nous sentir de mieux en mieux!
En fin de journée, Ben passe voir la moto. Elle est toujours garée. Elle démarre après plusieurs kicks persévérants d’un tchaï wallah qui est, bien entendu, aussi mécano (les Indiens sont tous mécanos, docteurs, etc… mais ça, c’est une autre histoire…). Il faut donc l’amener, une nouvelle fois, chez le garagiste… d’autant plus que Ben vient de casser le ressort du kick. Il rentre. Nous décidons qu’il est temps, dès le lendemain, de faire ces dernières petites réparations et de commencer à préparer nos affichettes à destination des touristes qui, comme nous, rêvent de conduire la mythique Enfield.
« Où est la moto ? »
Vendredi 19
Ben part tôt le matin. Je suis toujours alitée, incapable de l’aider (ni de m’aider, même si je me sens un peu mieux). La moto n’est pas à sa place. « Où est la moto ? ». Le Tchaï wallah, rigolant, l’informe que la moto a été emmenée par la police. Il va donc à la « station police ». Difficile de se faire comprendre avec des policiers qui ne parlent pas vraiment anglais. Vous ai-je raconté qu’il est arrivé que nous parlions anglais à un Indien et qu’il nous demande « Do You English speak? »… Bah si, ca arrive !
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Au début, Ben est persuadé que c’est juste une fourrière, qu’il va falloir payer. Il demande, en anglais, ce qu’il faut faire à un policer… Les seuls mots qu’il comprend, entre l’hindi et l’anglais de celui-ci, c’est que la moto est restée plus de 40 heures à la même place. Il explique que je suis malade et que, entre médecin et hôpital, il comptait s’occuper de la déplacer. Il comprend ensuite… « procès, tribunal, avocat, juge ». Quoi ? Il rentre désarmé à la guest et retourne au commissariat dans la foulée, avec le gérant de la guest. Il parle très bien anglais et hindi et donc, lui sert d’interprète. Il montre mes ordonnances du médecin et de l’hôpital. Le policier n’entend rien. Nous allons devoir passer en procès…!!??
« Et là, tout part en sucette! »
Il y a un vrai problème : « Nous ne sommes pas complètement propriétaire de la moto »! Ben et moi discutons autour d’une purée et d’œufs au plat. En effet, nous avons acheté la Enfield à Calcutta et on nous a bien remis tous les papiers (assurances, taxes payées, licence, etc…). Mais, on nous a aussi remis un document « register n° XXX » qu’il s’agit de remplir pour devenir, aux yeux de la loi, le propriétaire final. Le souci, c’est que pour remplir ce document, il nous faut une adresse permanente en Inde. Nous avions, à l’époque, décidé de ne pas s’embarrasser de cela et de laisser le prochain propriétaire le faire (ce qui nous évitait des problèmes pour vendre la moto à d’autres « foreigners »). Donc, aux yeux de la loi, le propriétaire est un indien. Comment se rendre à un procès où c’est l’ancien propriétaire de notre Bullet qui est incriminé ? Le gérant de la guest, nous propose son avocat…
«Notre avocat, la cour de justice de Bénarès »
Samedi 20
Vers 7h30 heures du matin, le gérant de la guest, appelons-le Shiva, amène Ben en moto à la cour de justice de Bénarès. Comme il n’y a pas de place pour moi sur la moto, je suis obligée d’attendre dans notre distrayante « chambre aux singes ».
Autour du « palais de justice », sur l’esplanade et ses méandres, il y a des bureaux et des planches en bois ainsi que quelques ventilateurs salutaires, groupés sous des abris de toits en tôles. Installés à ses bureaux, des avocats et des hommes-secrétaires rédigent, sur des vielles machine à écrire, des rapports. Il y fait extrêmement chaud. Beaucoup de monde attend. Shiva conduit Ben à son avocat.
Notre avocat, appelons-le Devil, parle un anglais incertain. Devil propose à Ben : « On va rédiger une fausse lettre du propriétaire demandant à récupérer la moto, une fausse licence en mettant la photo d’un indien qu’on connaît. Celui-ci se fera passer pour le propriétaire au moment du procès ». Il dit « c’est facile, il n’y a pas de problème ». Ben lui répond sceptiquement, que « si c’est si facile, alors ok ». Il se demande, incrédule, ce que fait l’avocat…. Mais bon, on n’a pas d’autres solutions et on est en Inde (tout est vraiment différent ici, vous allez voir). A ce moment précis, c’est la seule solution, pour nous, de récupérer notre bien. On ne connaît pas l’ancien propriétaire puisque nous avons acheté l’Enfield à un garagiste, et quand bien même, je vois mal comment le trouver et encore plus comment lui demander de venir jusqu’à Bénarès, pour récupérer ce bien… So, Devil rédige la lettre, la signe, et demande à Ben de revenir lundi matin à 8 heures pour le procès.
« Un week-end entre tensions et espoirs »
Nous passons le reste du week-end à essayer de profiter, malgré tout, de Bénarès. Nous travaillons aussi, sur ce tout nouveau site… et moi, j’essaye d’écrire un peu. Il nous reste peu de temps pour récupérer la moto et la mettre en vente, avant la fin de notre visa indien. Tout cela nous désenchante un peu. Nous nous demandons à qui profite l’affaire ? Tout le monde a bien compris que notre visa se terminait très bientôt. On ne nous demande pas encore de bakchichs… Il faut que nous patientions. Nous nous sentons bloqués.
La cour, les premiers doutes sur la sincérité de Shiva et encore plus de Devil
Lundi 22
Au matin, tôt. Shiva emmène Ben en moto à la cour de justice. Je suis guérie (!!!) mais il n’y a toujours pas de place pour moi sur la moto. Je dois attendre, démunie. Devil et Shiva partent à la cour sans Ben (trop blanc, pas assez Indien…). Shiva accepte de se faire passer pour le propriétaire de la moto. Ils vont ensemble, déposer la « fausse déclaration-rapport » au juge. Ben les attend dans la chaleur. La tension est montée d’un cran… Dans une semaine, il faut que nous ayons quitté Bénarès et entre temps nous voulons récupérer la moto et surtout la vendre. Nous sentons que le temps joue contre nous…
Devil et Shiva reviennent de la cour. Il faut attendre le rapport du jugement… Devil, notre avocat, indique à Ben, qu’il n’est pas nécessaire qu’il reste là à attendre. Devil propose de rester à la Cour pour prendre notre rapport. Comme il habite près de notre guest, il viendra déposer le rapport vers 15 heures. Ce rapport, pièce essentielle, sera à remettre au commissariat pour que nous puissions reprendre « notre » moto. La cour n’est ouverte que de 8h à midi. Tout prend beaucoup de temps. Shiva raccompagne Ben en moto. Ben lui paye, pour la deuxième foi, le plein. C’est une façon de le dédommager. Nous commençons, Ben et moi, à sentir l’affaire mauvaise. Pourquoi la lettre n’avait-elle pas encore été déposée au juge ? Des questions commencent à rester sans réponses.
14 heures. L’avocat a téléphoné à Shiva. Shiva, venu frapper à notre chambre, nous explique qu’il faut attendre demain pour avoir le rapport. Pourquoi ? Personne ne sait, personne ne répond. Nous sommes complètement dépendants d’eux. Ne parlant pas hindi et ne pouvant faire appel à un avocat de l’ambassade française, pour cette affaire pestilentielle, nous devons la jouer fine. Ben est furieux, je commence à penser (comme ma mère) « le matériel n’est rien ». En France, si vous avez les papiers, c’est que vous êtes propriétaire. Il suffit d’aller à la fourrière et de payer. Pourquoi tout est si compliqué ici ? Pour les Indiens, et nous l’avons remarqué à plusieurs reprises, il n’y a jamais de problème. Il y a juste la vie et c’est comme cela. C’est ton karma. Le système judicaire indien est complètement corrompu. Les policiers aussi, mais de moins en moins, suite à des efforts gouvernementaux… (reste à vérifier tout de même…)
Et un coup foireux ! Un !
Mardi 23
Revirement de situation. Shiva nous explique en fin de matinée, suite à un appel de Devil, que le juge n’a pas pu émettre de rapport. « Pourquoi ? » Par ce qu’il manque les charges de la police ! « Comment est-ce possible ?!!! Comment l’avocat a-t-il pu constituer notre défense sans avoir les charges ?!!! Pourquoi Devil ne s’en aperçoit qu’aujourd’hui ??! » Shiva joue en touche, lui ne sait pas. Il veut juste nous aider car nous sommes ses « invités », il n’est que l’intermédiaire. Il fait tout cela « pour que nous soyons heureux ». Nous avons besoin de lui. Impossible de l’incriminer directement. Nous devons donc nous rendre au commissariat.
Au commissariat. Avant d’entrer, Ben prépare deux billets de dix roupies. Un éventuel bakchich pour débloquer cette fâcheuse situation. Nous savourons un jus de mangue frais et nous apprêtons à nous armer de persévérance. Arrivée. La Bullet trône majestueusement au milieu d’autres deux roues alignés dans la cour du commissariat. J’ai mal de voir « notre amie de route » en si piteux état. La poussière l’a déjà recouverte. Après quinze minutes de conversations en hindi/anglais, personne ne se comprend. Les policiers rient et l’un d’eux scotche sur ma poitrine. Comme je suis une femme, personne ne répond à mes questions. Je dois m’effacer sans m’énerver et laisser Ben se faire comprendre…
Ceux sont de vrais enfants. Ils rient de voir deux « foreigners » dans cette situation. Encore une fois, pour les hindous, rien n’est grave, rien n’est important (même la vie, à voir comment ils conduisent !). Finalement, après maintes insistances de Ben et trois clopes devant le commissariat, deux des policiers, « alléluia » !!!, acceptent de téléphoner à Shiva. Enfin, ils ne rient plus et nous installent avec eux dans le bureau du chef sous un rédempteur ventilo… Ils se parlent en hindi au téléphone. « Que se disent-ils? » Je ne suis pas sûre de comprendre. En revanche, ce qui est certain, c’est que le rapport a bien été envoyé à la cour par la police. « Où sont les charges alors ? ». L’un des policiers commence à dire « money », Ben me regarde et comme lui, je fais celle qui ne comprend pas. « What? ». En fait, ce bienveillant policier, nous met en garde contre notre avocat. Il faut se méfier dit-il. Merci.
Nous repartons. Nous sommes tendus. Nous allons, malgré tout, nous balader sur les ghâts et assistons à la cérémonie qui a lieu tous les soirs sur les bords du Gange « Ganga » dès que la nuit est tombée. Trois danseurs religieux, font face au Gange et dansent, encens à la main, bougies et fleurs aux pieds. Les cloches sont sonnées, plein d’hindous se regroupent, des musiques hurlent des enceintes disséminées un peu partout. C’est très beau, assurément trop touristique. Ben m’invite dans un très bon restaurant où nous mangeons… une fondue ! (Oui, une vraie ! avec du fromage qui pue et pas du paneer local
. Notre nouveau site avance et on trouve enfin un internet-café où nous pouvons utiliser skype pour téléphoner à nos familles. Le marchand, en bas de notre guest, nous demande invariablement où est notre moto. Tous nous parlent de la chaleur. Nous attendons, nous aussi, la mousson libératrice de ce trop plein de moiteur, qui sauvera, aussi, des inquiétudes lancinantes suscitées par son retard (lire le post « En attendant la mousson… » à ce sujet).
De retour à la guest ce soir là. Shiva nous demande où nous en sommes. Nous lui expliquons que les policiers nous ont mis en garde contre son/notre avocat « Lawyer acha naié » (Avocat, pas bon du tout). Il dit que nous avons raison. « Ah bah tient ! ». Nous décidons de retourner à la cour le lendemain revoir notre ami le Devil. « Qu’allons-nous faire ? » On commence à envisager d’abandonner la moto. Après tout, « ce n’est que du matériel »… même si nous ressentons pour elle, une affection pleine de reconnaissance pour les très nombreux kilomètres parcourus. Nous voulons commencer le montage de notre reportage. Pour cela, il faut que nous achetons un nouvel ordinateur à Bangkok. Nous attendons, tous les deux avec impatience, notre départ vers la Thaïlande. Les tensions des jours précédents nous rendent un peu maussade. On en a marre.
J-5 du départ obligé de Bénarès, tyrannique visa !
Mercredi 24
Levé tôt. On arrive, après 30 minutes de rickshaw à la cour. Je la découvre pour la première fois. C’est immense. Il y a, partout, des bureaux « plein air, sous tôle » et même quelques vendeurs. Certains vendent des cordes ! « Est-ce pour se pendre ? » Un autre vend des montres disposées dans une bassine d’eau, « est-ce pour prouver qu’elles sont bien étanches ? » Ha, les indiens…
Nous arrivons vers 9 heures. Il nous faut retrouver l’endroit où est situé le bureau de notre avocat. Ben fini par se repérer. Il n’est pas là, son assistant non plus. Nous allons boire un premier tchaï. La chaleur commence à monter.
Après 45 minutes d’attente, l’assistant apparait. Ouf ! Il parle un peu anglais. Il téléphone à Devil qui indique qu’il ne sera là que vers 10h30. Nous décidons d’aller prendre un petit déjeuner et surtout de nous armer de bouteilles d’eau. Après des « puris » servis sur des feuilles de bananier (galettes à la farine de lentille accompagnées de poids chiches baignant dans une sauce pimentée et huileuse => c’est très bon), nous retournons patienter. Ben n’est pas très bien et arrive, tant bien que mal, à somnoler sur une planche en bois. Il fait chaud, très chaud (45-46°c!!!). L’attente est longue. Je suis observée, comme toutes les touristes, et prise en photo par des indiens (ils mettent leur téléphone portable devant eux et font, très malaisément, semblant de parler à distance). Cela me gène moins, même s’il m’arrive encore de m’énerver… A ce sujet, la meilleure manière de les faire fuir, c’est de les prendre à multiples reprises en photo ou de les fixer du regard… ils n’aiment pas ça et finissent par s’en aller embarrassés
…
A dix heures trente, l’assistant nous indique que Devil a « une grosse affaire à la cour » et qu’il n’arrivera que vers 11H30. RE-attente. L’assistant, accompagné d’un autre avocat, nous propose d’aller prendre le rapport. Nous nous rendons à la cour. C’est un immense bâtiment défraîchi. Au troisième étage, nous tournons à gauche et entrons dans une grande pièce où il y a plein d’armoire datant des années 70. En fer vert, elles débordent de dossiers amoncelés, poussiéreux, souillés, à peine triés. On trouve notre rapport, et le nouvel avocat veut nous faire signer une lettre (rédigée en hindi évidemment). Ben s’énerve un peu. Il lui explique qu’il n’est pas notre avocat, qu’on ne signera pas. Lui, a rempli une date sur l’un des documents de notre rapport. Retour sur les planches en bois. Encore deux tchaïs.
Finalement, Devil arrive à midi. Il arrive souriant. Nous l’accueillions poliment. Que faire d’autre ? Nous lui expliquons l’attente. Il nous explique en anglais hachés, enfin à Ben (en tant que femme, je n’existe toujours pas, Brrr…), que tout sera fait demain, que le juge signera le rapport. Là, il est midi, la cour est fermée. « Ben voyons ! Le rapport ne devait-il pas être fini lundi ? N’était-il pas déjà signé ? » On ne lui redemande même pas qu’elle est cette histoire des charges perdues, envoyées précédemment par le commissariat, cela ne servirait à rien…Nous rentrons, un peu dépités, sous la chaleur écrasante de midi.
Epuisés par l’attente et les questions. Heureusement que Ben connaît un autre très bon restaurant. En bon français, nos compensons par la nourriture. Belle salade verte agrémentée d’une vraie vinaigrette, de ses croutons de pain, d’ail fraîchement coupées et surtout de fromage…le tout proposé avec une autre sauce au miel et à la cardamone. Puis délectables pâtes au fromage recouvertes d’un épais lit de gruyère râpé gratiné. Mumm… L’avantage des lieux hautement touristique, c’est que vous pouvez trouver de la nourriture « comme chez nous ». (Heu…oui, c’est cher). Mais cela fait tellement de bien. Tellement, que le gluten n’a eut aucun effet sur ma petite personne. C’est pour dire
Le jeudi 25 passe
Nous n’avons pas de nouvelles de Devil. Shiva nous explique, que demain, le rapport devrait être envoyé par la cour au commissariat. Nous n’y croyons pas. Nous réfléchissons aux différentes possibilités que nous avons. Le temps presse. Si, effectivement la moto est sortie demain du commissariat, nous avons encore le temps de la vendre, sinon c’est peine perdue. Le trajet jusqu’à Kolkata prend minimum 10 heures (sans compter l’inévitable retard) et il faut que nous ayons pris un avion au plus tard le 1er à minuit. Il y a un vol Kolkata / Bangkok à minuit 5, le 1er au soir. On ne devrait pas trop nous accabler pour ces 5 minutes. L’attente nous fatigue. Nous sommes mous et nous ne profitons plus du tout de Bénarès. On a trouvé un jeu d’échec… Ben me met une raclée à chaque fois (tout vient à point à qui sait attendre…).
Quand va arriver cet exécrable rapport ?
Vendredi 26 (J-3 du départ obligé)
On attend toujours à la guest. Entre écriture et site internet, parties d’échec et sieste… nous attendons! En fin d’après-midi, nous sommes de retour au commissariat. J’ai compris, je ne leur parle pas. « Namasté » et basta. Un policier est attablé sous le porche d’entrée. Il a, devant lui, de nombreux rapport de la cour. Pas la peine de nous présenter, il sait que nous venons pour l’Enfield, cette légendaire Bullet. De nouveau, nous essayons de nous expliquer.
Le rapport n’est pas arrivé ! Ben finit par ne plus faire de phrase en anglais mais à juste dire des mots « Court, lawyer, rapport, sent today…. » La cohésion globale se fait avec les quelques mots d’hindis que nous connaissons. Enfin, le policier semble comprendre un peu mieux. Ben explique « call, lawyer » et tend notre téléphone portable. Le policier appelle Devil. Il râle et parle fort (tout en se décrottant le nez, et en évacuant le trop plein de gaz qu’il a dans le bide, ce qui est tout à fait normal ici !). A la fin de la conversation, nous comprenons que le rapport n’arrivera que lundi en fin d’après-midi. « Pourquoi ? Nous ne saurons pas… ».
On tente alors de négocier un document officiel relatant notre problème, afin de plaider notre cause au « Foreigners Office Registration »… les seuls pouvant prolonger nos visas. Impossible. Nous avons la regrettable idée, d’expliquer aux policiers nous entourant, qu’il nous faut vendre l’Enfield pour récupérer de l’argent. Les policiers plaisantent, l’un d’eux nous propose 2000 roupies… Ce n’est même pas le prix d’un vélo! Des enfants enjoués, avec des flingues entre les mains… qui peuvent faire ce qu’ils veulent…
Nous pensons que nous pouvons avoir confiance en eux. Nous sommes désormais persuadés que l’avocat et surement notre hôte font tout pour retarder l’affaire afin de gagner la moto. Il en est hors de question !!! Abattus, nous nous réconfortons avec un jus de mangue et un repas indispensable au restaurant français. Mumm…. Salade verte, fromage… mais tout ceci à un goût gorgé de chagrin.
Le weekend passe entre mise à plat des plans possibles et… attente
Tout devient envisageable. Ben a six jours de plus que moi sur son visa. Pourquoi n’essaierait-il pas, seul, de résoudre l’affaire ? On peut encore prendre, même si c’est onéreux, un avion direct Varanassi / Bangkok le 30 au soir… Oui, mais à condition que la moto soit sortie le lundi 29, sinon on perd beaucoup trop dans l’affaire. Je peux aussi aller au Népal pour refaire un visa Indien. Oui, à ce stade, je vous promets que le matériel n’a plus d’importance. Mais on ne peut pas abandonner notre compagne de route dans ce foutu commissariat et encore moins l’imaginer gagner par Shiva ou Devil. On n’a pas non plus envie de se séparer.
L’affaire est lourde mais on est loin d’avoir dit notre dernier mot. « Avons-nous raison de continuer à nous battre ? Est-ce un signe ? » Le rapport, s’il arrive lundi, n‘arrivera qu’avec les plis de fin d’après midi. Lundi soir, il sera trop tard… Enfin non, il y a encore un train pour Kolkata le 29 en fin de journée. On verra. On ne sait plus. J’ai du mal à envisager de reprendre un visa Indien. J’ai tellement envie de découvrir ces autres « ailleurs ». On verra. Ben appelle dimanche soir un ami de Bombay. Babloo, enchanté par notre proposition de lui offrir une Bullet, est prêt à prendre l’avion pour la récupérer. Nous sommes prêts à lui offrir… mais encore faut-il qu’elle soit sortie du commissariat.
Quand tout arrive
Lundi 29 (jour J)
Nous nous levons. Nous faisons nos sacs. Faisons les comptes sur les nuits à payer à la guest. Nous retournons sur internet vérifier les disponibilités pour les trains vers Calcutta, les prix des billets d’avion. On regarde aussi, à tout hasard, les départs de bus vers Saunali (ville frontière avec le Népal). On ne sait toujours pas si on part, ou pas, et vers où…
11 heures. Shiva arrive exaspéré et agressif à la porte de notre chambre. Il tambourine et hurle après Ben lui demandant ce qu’il fait ici. Il dit que nous sommes attendus à la cour. Ben, cette fois-ci hors de lui, lui rétorque que cela suffit. Personne ne nous a indiqué que nous étions attendus à la cour, le rapport devait être envoyé aujourd’hui (en vérité il y a une semaine !!!). Il remet directement en cause la sincérité de sa bienveillance. Le ton continue de monter. Shiva est aussi hors de lui. Pour sa défense, il clame qu’il n’a rien à gagner dans l’affaire. Qu’il a tout fait pour nous aider. Qu’il a arrêté son travail pour conduire Ben à la cour, etc.… Je sors dubitative. Trop, c’est trop. Ben lui explique qu’il n’y a pas de problème. Que comme Shiva le sait très bien notre visa s’arrête. Que nous allons au Népal refaire un nouveau visa, et que nous revenons avec un nouvel avocat. (Voilà, comment un départ vers le Népal se décide
. Shiva descend bruyamment les escaliers, tout en continuant à vociférer « sa sincérité d’Homme de foi », que « Dieu le regarde », « qu’il ne ferait pas cela », que c’est son business les « foreigners happy » et « que c’est pour cela… » qu’il n’aidera plus jamais personne etc ». Bla, Bla, Bla ! Je continue à l’entendre à l’étage du dessous défendre sa cause en hindi auprès de sa famille. On continue un peu à l’entendre hurler.
« Que fait Devil ? » nous ne savons toujours pas…
Midi. Nous descendons manger. Dans les escaliers, nous croisons Shiva apaisé et agréable. Il a téléphoné à Devil et le rapport sera bien déposé cet après midi (Tiens, tiens ? maintenant c’est possible ?). Il faut que nous nous rendions au commissariat vers 17 heures. Je remercie Shiva. Lui demande de comprendre que nous soyons un peu sur les nerfs. Que c’est pour cela que le ton est monté. Que je crois en sa sincérité d’homme de foi. Dieu, Krisna, nous regarde, isn’t it ? J’en rajoute encore, nous avons besoin de lui. Voilà. Ils ont compris que nous ne lâcherions pas notre Bullet. Ils sont aussi bloqués. Le rapport se débloque. C’est dingue… !
En bas de la guest, le frère de Shiva, appelons le Ganesh (c’est le Dieu de la prospérité), discute avec nous. C’est fort intéressant. Il nous explique que lui aussi est en procès. En effet, sur le »roof-top » de la guest, ils ont installé illégalement un restaurant. Ils sont en procès depuis un moment. Sa technique : l’attente ! (Cela me rappelle étrangement quelque chose…). Il développe… Il annule les convocations du juge en expliquant qu’il n’a pas le temps. C’est compliqué de trouver une autre date. Son avocat, Devil, gère cela très bien. « Ha bon ? » « Oui, vous savez en Inde, une affaire comme celle-là peut durer plus de trente ans. » « Je comprends, oui, c’est rentable. » « Vous savez pour les affaires de meurtre c’est la même chose. Vous payez les témoins ou les tuez. La justice est trop longue et ne suit pas les affaires ». Je rêve !!!
17 heures. Devant un jus de mangues fraîches et sucrées. A quelques pas du commissariat, nous sommes anxieux. Nous arrivons souriant. Nous avons décidé de ne surtout pas nous énerver et d’être le plus conciliant possible. Bakchichs prévus, nous nous dirigeons vers la table sous le porche. Le policier nous reconnait. « Oui, le rapport est arrivé ». (Merci Bouddha, Allah, Dieu, Krisna, Yahvé…
. On nous demande de patienter. Quelques clopes plus tard, on nous reçoit dans le bureau d’accueil. On redonne à Ben, son téléphone portable, oublié vendredi. C’est plutôt de bonne augure. Patience de nouveau.
Un autre policier demande à Ben de rédiger une lettre. Il dicte. « Mister Benoit receive today, the 29/06/09, my Enfield register n°XXXX ». Je n’en crois pas mes oreilles. J’avais amené, pour ma cérémonie d’adieu à la Bullet, de l’encens et des kleenex (non… j’exagère)… Ce ne sera pas utile ! Puis, il demande d’inscrire notre permanente adresse. Ben inscrit son adresse orléanaise. Puis, il demande notre permanente adresse en Inde. Là, je me dis « Merde. Tout est foutu. Ils vont comprendre» Je regarde mes pieds. Ben inscrit juste le nom de notre guest-house suivi de Varanasi. Le policer tilt un peu, qu’elle est l’adresse… on ne sait pas. Il prend la lettre… revient… OK.
Quoi ? Ok ?!!!!!!… Vraiment, on peut partir avec la Bullet. Là, tout de suite ?!!! Alors qu’elle n’est pas à notre nom, que le rapport de justice non plus et qu’on n’a pas d’adresse indienne !!!… sans donner le moindre bakchich?! Nous cachons notre immense joie et surtout le soulagement ! « Dahné bad » (merci).
On ne la démarre pas dans le commissariat. On fait rouler ses deux cent kilos. On attend de ne plus être visible du commissariat pour essayer de la démarrer. Et évidemment ! Elle ne veut pas. Ah oui ! Le ressort du kick est cassé.
Je vous passe tous les autres détails. On a trouvé très vite un réparateur. Nous nous sommes empressés de trouver des éponges et de l’eau. Heureux que nous étions de pouvoir, encore une fois, en prendre soin. Elle a quand même eut droit à son encens sacré… Fallait bien, que je lui dise, à quel point elle nous avait manqué !
La Bullet est couverte d’une magnifique bâche verte fluo. Elle nous attend au pied de la guest de Shiva. Devil grâce à Shiva a réussi à nous soutirer un peu d’argent. C’est de bonne guerre. Nous avons eu un bus mardi matin vers Saunali et sommes arrivés à la frontière vers minuit, courbaturés. Pas d’hôtel, rien. Le chauffeur du bus nous propose de dormir dans son bus. Nuit courte, en compagnie de nombreux moustiques… Levé à 5H le 1er juillet ! Café grâce à notre réchaud, brossage de dent, douche « habillé ». Passage de la frontière Indienne où nous nous faisons… une fois n’est pas coutume… arnaqués. Soit disant qu’on ne peut payer le visa Népalais qu’en dollars… Nous faisons donc du change, côté Indien, en laissant une honorable commission.
Arrivée au Népal
Obtention d’un visa de 15 jours… qu’on peut bien évidemment payer en roupies indiennes. Ha ! Bon… Merde, font chier les Indiens quand même
. On trouve un mini-bus confortable. Départ de Saunali vers dix heures, arrivée vers 19 heures à Katmandou. Enfin une douche chaude. Il fait presque froid… Et, »Ce matin, le 2 juillet 2009, nous nous sommes réveillés à Katmandou (Capitale du Népal). De notre chambre nous avons vue sur l’un, des nombreux et immenses temples en bois, de Durbar Square. » Et notre Bullet nous attend… »
PS : Nous retournons donc à Bénarès dans quelques jours. Nous dormirons de nouveau chez Shiva.
To be continued…
Nota bene : l’hindi transcrit est phonétique !








et bé les péripéties indiennes ça me donne trop envie, plus que quelques mois. bon repos en thailande et bonne chance pour la suite. en tout cas ça fait plaisir de voir ta tête
Ouah !!!que de mouvements,de revirements,d’émotions…malgré tout ça donne l’envie…l’envie de quoi ??? l’envie de vie intense !!!bien sûr !!!malgré prenez soin de vous et bonne chance …je vous suis avec bonheur…
Bises orléanaises
que d’aventures! je suis bien contente que nous n’ayions pas eut autant de peripeties avec notre bullet, pour la vente. Ne soyez pas jaloux, on en a quand meme bien c****, en decouvrant au fur et a mesure les choses manquantes et les regles indiennes et administratives!
En tout cas, votre recit confirme bien notre conclusion: la bullet est une moto de caractere, capricieuse, qui demande enormenent d’attention! Mais on l’aime tant malgre tout!
Sur la fin de l’article, je n’ai pas tres bien compris ce qu’est devenu votre bullet. Si vous retourniez en Inde pour la vendre? Si c’est votre ami de Bombay qui en herite…?….
bons baisers de france!!
« tout vit, tout agit, tout se correspond. Les rayons magnétiques émanés de toi-même ou des autres traversent sans obstacle la chaîne infinie des choses créees.
C’est un réseau transparent qui couvre le monde et dont les fils déliés se communiquent de proche en proche aux planètes et aux étoiles »
Yallah !
Puré de petit pois, ce qu’ils sont compliqués ses indiens Je comprend que le retour à la civilisation vous réconforte 1 peu..