Fête des lanternes et des pirogues de feu
Luang Prabang (Laos) – Octobre 2009
Luang Prabang est une ville très charmante entourée du Mékong et de la Nam Khan – petite rivière qui se jette dans son confluent au nord-est de la ville. C’est l’ancienne capitale royale du pays. Tout au long de la rue principale, les pagodes se succèdent les unes aux autres, apportant une dimension spirituelle à cette cité. Son patrimoine est désormais protégé par l’UNESCO, qui l’a classé au patrimoine mondial en 1995, pour récompenser son architecture unique, composée d’un savoureux mélange de bâtiments coloniaux et de maisons traditionnelles Lao.
Nous ne voulions y rester que quelques jours pour y réaliser une nouvelle partie de notre reportage. Mais, une nouvelle fois, nos rencontres et le calendrier nous ont amené à revoir notre planning et à prolonger notre visa. En effet, nous apprîmes que la fête de « Boun Ok Phansa » allait avoir lieu au début du mois à venir, les 4 et 5 Octobre 2009.
« Boun Ok Phansa » – De quoi s’agit-il ?
Cette fête a lieu à la pleine lune du onzième mois. Elle célèbre la fin du carême bouddhiste, une période d’abstinence qui dure environ trois mois. Pendant cette période, de nombreux Lao (civiles) rejoignent les monastères pour pratiquer au côté des bonzes : ce sont des « novices ». Le soir de « Boun Ok Phansa », les pagodes sont illuminées par de nombreuses petites lanternes et des « pirogues de feu » sont déposées sur le Mékong pour remercier les Nagas (dragons) et les génies tutélaires. Les habitants suivent la procession et déposent, eux aussi, des offrandes dans le Mékong. Elles sont composées d’une architecture de feuilles de bananiers décorées par de nombreuses fleurs et quelques bougies.
Préparation…
Tout commence une semaine avant, avec la livraison des bambous et du nécessaire pour la construction des lanternes et des pirogues (colles, papiers, ciseaux, …) dans les différentes pagodes : une dizaine de bambous par monastère. Ce travail est organisé par Francis Engelmann, un français conseillé auprès de l’UNESCO, et quelques amis. Ils collectent des donations, vont acheter des bambous et enfin, les distribuent dans les différents monastères. C’est un peu triste, car les moines sont de plus en plus dépendants de ces donations extérieures pour préparer cette célébration. Auparavant, les habitants s’en chargeaient. « Oui, c’est vrai, c’est triste… Au fil des ans, Luang Prabang a beaucoup changé. Les guest-houses et les hôtels ont poussé comme des champignons, remplaçant petit à petit les habitants du centre-ville. Et ils ne s’intéressent guère à la vie des pagodes… Si nous ne le faisions pas, je ne sais pas qui le ferait. Ce serait normalement du ressort du gouvernement… » nous précise Francis.
Pourtant « Boun Ok Phansa » est une célébration particulière. Francis nous confit : « cette fête est ma préférée. Elle est sans aucun doute la plus belle de Luang Prabang. Elle se déroule juste avant le début de la saison touristique. Les habitants et les bonzes sont entre eux et s’offrent cette fête pour eux-mêmes. Pour l’instant, il n’y a aucune appropriation touristique… j’espère que ça va durer… ».
Tout au long de la semaine, les habitants et les bonzes bricolent. À l’aide d’une petite « machette », ils découpent les bambous et récupèrent de fines lamelles souples pour ensuite les assembler afin d’obtenir une lanterne (le plus souvent en forme d’étoile) ou bien une partie de la pirogue. Ce sont des moments magiques : observer de jeunes novices, assis à l’ombre d’un arbre sous l’œil aguerri d’un lama plus âgé, entrain de couper puis de fixer méticuleusement ces tiges de bambous. Une fois la structure terminée, ils la décorent. Le plus souvent, ils utilisent du papier de différentes couleurs et des découpages en dent de scie pour ainsi affiner et enrichir l’ensemble. Au fur et à mesure que les jours passent, les pagodes se colorent et deviennent de plus en plus gaies ! Les jeunes novices ont beaucoup de plaisir, ça se voit et ça se ressent !
Le 04 Octobre… (1er jour de fête)
La quête des bonzes de Luang Prabang est bien connu. Tous les matins, les bonzes marchent, en file indienne le long des rues, pour recevoir des offrandes. Les habitants leurs offrent du « sticky rice » et de la nourriture en tout genre. Rien de particulier en soi, une coutume bien répandue dans tout le sud-est asiatique. Mais ici, à Luang Prabang, les pagodes situées dans le centre-ville sont extrêmement nombreuses. La procession des bonzes est donc longue.
La quête en ce jour de fête revêt un caractère un peu particulier. Dès 05.00 du matin, les premiers fidèles viennent s’installer sur le trottoir, apportant avec eux nattes et offrandes de fleurs – préparées à partir de feuille de bananiers et de fleurs jaunes et oranges. Aujourd’hui, il y a plus de monde que d’habitude et les offrandes sont mieux garnies. Les bonzes, en plus de la nourriture habituelle, reçoivent de nouvelles « robes », des sucreries, de l’argent, …
Mais c’est le soir, à la tombée de la nuit, que la magie de « Boun Ok Phansa » intervient vraiment. Les pagodes allument, les unes après les autres, les bougies des lanternes, disposées devant les temples. Il y en a par centaines, de toutes les couleurs. C’est féérique !
Le 05 Octobre… (2ème jour de fête)
C’est vers 17h00 que la ville commence à ressentir l’excitation des grands jours de fête, en même temps que l’arrivée des premières « pirogues de feu » ! Ces pirogues viennent des villages avoisinants. Cette année, il y en a quatorze. Elles prennent places dans la rue principale, les unes derrière les autres, pour ensuite, vers 20h00, avancer en procession en direction du temple Vat Xieng Thong (le plus célèbre du Laos), près du Mékong. Cette procession se déroule dans une frénésie générale orchestrée par les percussions et les cymbales qui accompagnent chaque pirogue.
Ces « petits » bateaux sont spectaculairement décorés ! Ils ne sont construits qu’avec de simples tiges de bambous. Les pirogues sont toutes plus belles les unes que les autres. Le résultat est magnifique ! Elles transportent de gigantesques lotus, ou bien des dragons, ou encore des rameurs Lao ! De plus, des dizaines et dizaines de petites lampes à pétrole viennent embellir ces majestueuses constructions ! Grandiose !
Une fois arrivée au Vat Xieng Thong, dans une liesse populaire difficilement descriptible, les pirogues sont alignées face au temple, les unes à côté des autres. Une cérémonie de bénédiction débute alors. Chaque pirogue est bénite avant de prendre la direction du Mékong, en contrebas du temple.
Pour accéder à la rivière, les pirogues doivent emprunter un étroit escalier pentu. Ensuite, elles sont déposées, l’une après l’autre, sur un radeau de bambou, pour être ensuite, lâchées au gré des flots… La descente des escaliers est intense. Chaque pirogue est portée par une dizaine de personnes de chaque côté. Quelques militaires, deux ou trois tout au plus, les aident à se frayer un chemin pour atteindre la berge. Une ambiance extrême règne alors. C’est une gigantesque bousculade ! Mais la partie la plus délicate reste encore à venir… Déposer la pirogue de feu sur son radeau sans qu’elle ne se renverse… Exercice extrêmement périlleux ! Heureusement cette année, toutes, non sans mal, ont réussi et ont pu être lâchées sur la rivière ! Chaque succès a eu le droit à son tonnerre d’acclamations !
Cet article est un extrait de notre prochain film documentaire. Nous vous invitons à le découvrir très prochainement #Laos – disponible dès la fin novembre. À suivre prochainement…
Regardez également notre reportage photo :







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