« Bonjour Monsieur » ! Et oui, au Laos il n’est pas rare que l’on vous interpelle ainsi. En effet, une génération entière parle le français. Jusqu’en 1946, sous le protectorat, les élèves apprenaient leurs leçons en français. Les petits Lao de cette époque sont aujourd’hui âgés d’une soixantaine d’année. Mais ce ne sont pas les seuls à parler notre langue. En effet, la communauté Laotienne est également très importante à l’étranger, notamment en France. Et depuis près d’une dizaine d’année maintenant, ils sont de plus en plus nombreux à revenir au pays. Ces personnes peuvent retrouver dans les kiosques, au côté des journaux Lao et Anglais, un hebdomadaire en français, « le Rénovateur »…
M. Somsanouk Mixay a vécu pendant près d’une vingtaine d’années en France. Il a étudié à la Sorbonne et est diplômé en Ethnologie. À son retour en République Démocratique Populaire Lao, le gouvernement lui a proposé de s’occuper des médias. C’est lui qui est à l’origine des deux journaux, le Vientiane Times (quotidien en anglais) et le Rénovateur (en français). « Le Laos est un pays membre de la Francophonie. Alors que nos deux voisins, le Cambodge et le Vietnam, avaient des journaux en français, nous, nous n’en avions pas… », nous souligne-t-il. Il a dirigé pendant de nombreuses années l’hebdomadaire à la couverture rouge. « Le Rénovateur s’appelle ainsi en référence au changement de politique du gouvernement. Dès 1995, il a débuté une grande phase de rénovation » ajoute-t-il. M. Mixay est aujourd’hui le vice-président de l’Association des Journalistes Lao. Auparavant, il a travaillé pour la radio et la télévision nationale. Il aime beaucoup la France et y a de nombreux proches et amis. Le Rénovateur a donc pour lui une place à part. Malgré ses hautes fonctions et son agenda très rempli, il continu à écrire régulièrement des articles. « J’en écris au minimum un par semaine », nous confie-t-il.
Les rédactions des deux journaux, le Vientiane Times et le Rénovateur, se partagent les mêmes locaux. Les salles des deux rédactions sont séparées par une seule petite porte. Du côté du Rénovateur, une dizaine de journalistes Laotiens travaillent silencieusement derrière leurs ordinateurs. Dans cette grande pièce, l’atmosphère est détendue et studieuse.
« Le français a beaucoup perdu au Laos. Pourtant, c’est vraiment très important qu’il perdure. Le Rénovateur est un bon moyen de faire vivre la langue française » soulève André. Ce dernier travaille au sein de la rédaction en tant que correcteur depuis 2001. Il est aujourd’hui un membre clé du journal. C’est le seul Français à temps plein. Et pourtant, il est arrivé ici un peu par hasard… Lors de sa première visite en l’an 2000, il accompagnait un jeune stagiaire français, venu approfondir les connaissances en photographies des journalistes. Alors aide-soignant, André s’occupait de ce jeune homme pourvu d’un handicap lourd. Au cours de ce voyage, il est tombé éperdument amoureux d’une jeune femme. Son stagiaire est donc rentré en France sans lui ! Il s’est marié et a aujourd’hui une fille de sept ans. Il s’est très vite intégré à l’équipe de journalistes et apprécie énormément son nouveau métier.
André est un homme simple, à l’écoute des autres. Il nous a très gentiment accueillis et présentés à toute l’équipe. Il nous a raconté l’histoire du journal. Ce dernier a été créé en 1998, et a donc fêté son dixième anniversaire l’année dernière. C’est un hebdomadaire, tiré à quelque 500 exemplaires. « Ce n’est pas énorme, mais le Laos est un petit pays » nous dit-il. « Le lectorat est essentiellement composé des 1400 français expatriés et de la génération de Lao ayant vécu sous le protectorat ». Pour lui, c’est une évidence : « l’existence du Rénovateur est essentielle, car comme partout en Asie du Sud-est, le rayonnement de la langue Française est en net recule, au profit de l’anglais ». D’ailleurs, c’est le journal anglophone, le Vientiane Times, qui le subventionne. Le Rénovateur n’est économiquement pas viable…
Si le journal ne trouve pas rapidement de nouveaux financements, son existence risque d’être menacée. André précise que « la version papier est, dans les conditions actuelles, vouée à disparaître au profit d’une version électronique. Cette dernière existe déjà (www.lerenovateur.org.la). Mais ce serait tellement dommage ! Et puis cela ne résoudrait pas tous les problèmes car de toute façon, il faudra toujours trouver de l’argent pour payer les salaires des journalistes… ».
Le rédacteur en chef, M. Khamphouth Xayasomroth, confirme ces propos. Nous ressentons chez lui une grande inquiétude à ce sujet. Cet homme est amoureux de la langue française, passionné et entièrement dévoué à son travail. Il est présent dans l’aventure depuis le tout début. C’est un homme de nature réservée. Nous réussissons à le mettre à l’aise et l’encourageons à évoquer ce sujet délicat. Ainsi, tout doucement, il nous rappelle, que dans les premières années, la France participait et subventionnait le journal, mais que petit à petit, elle s’est désengagée. Des organisations francophones, tels que l’OIF[1] et l’AUF[2] le soutiennent encore aujourd’hui mais d’une manière épisodique et plus secondaire. M. Khamphouth nous partage une impression : « Ici, en Asie du Sud-est, nous ressentons un désintérêt progressif… pourtant la France et la francophonie sont toujours très présente en Afrique… ».
Le Laos est mal placé dans le classement de la liberté de la presse réalisé par Reporter Sans Frontière. En 2003, le Rénovateur a reçu le prix de la libre expression décerné par l’Union de la presse Francophone qui récompensait plusieurs articles parus dans le journal. Un prix très encourageant pour les journalistes de la rédaction, mais M. Khamphouth nous surprit quand il nous a annoncé : « oui, nous sommes très fier de cette distinction. Mais en réalité, ce prix est toujours à Paris car nous n’avons pas assez d’argent pour aller le chercher… Un billet d’avion coûte cher et nous ne pouvons nous le permettre… Nous devons en priorité payer nos journalistes et améliorer nos conditions de travail ». Les journalistes travaillent sans vraiment savoir ce qu’ils deviendront prochainement… Tous espèrent une aide solidaire de la part de la communauté francophone…
Nos deux journées de tournages, en compagnie de cette agréable équipe, ont été très enrichissantes. En participant également a une conférence de presse, nous avons pu constater à quel point les journalistes, ici au Laos, sont attentifs et studieux. Nous sommes, nous aussi, solidaires avec la rédaction du journal et espérons de tout cœur qu’elle va encore, pendant longtemps, permettre aux francophiles d’avoir accès aux informations et à l’actualité nationale du Laos en français…
Vous pourrez en apprendre d’avantage sur cet hebdomadaire en regardant notre web-reportage « Web-Reporter au Laos » (épisode 2), disponible fin Octobre 2009. À suivre prochainement…
[1] Organisation Internationale de la Francophonie
[2] Association Universitaire Francophone






