Lors de mon Vipassana (lire le post : 10 jours de méditation à ce sujet), j’ai vécu dans un monastère bouddhiste thaïlandais. Seule occidentale méditante, j’ai vécu parmi les trente moines. Je ne voyais ma professeur que quelques soirs vers 18 heures, aussi j’étais complètement immergée ! Un peu perdue les premiers jours, j’étais surtout tellement heureuse de le vivre !
Le soir de mon arrivée, je rencontre le grand Lama
Mae See Brigitte (ma professeur) m’a présentée au grand Lama du temple : Acha. Elle semble anxieuse de ces présentations et me fait répéter à deux reprises la façon de m’asseoir (sans jamais tourner mes pieds dans la direction des moines) et de le saluer (assise en tailleur, mains jointes au niveau de la tête, puis de la bouche et enfin du cœur tout en abaissant la tête au sol, à répéter trois fois).
Acha reçoit constamment des civils et des moines dans l’un des nombreux temples constituant le monastère. La petite pièce, où il est installé ce soir-là, est faite de bois précieux. Assis sur un mince coussin de soie, Acha est entouré de villageois et de citadins de Bangkok. Ils l’écoutent et attendent leur tour. Il divulgue des conseils, prie pour l’un des membres des familles présentes, bénie des objets et offre des cadeaux. Brigitte et moi arrivons. Acha commence rieur par quelques blagues, insistant sur le fait que je serais bien plus jolie si je me rasais la tête comme les nones ! Tout le monde rit, je deviens rouge. Il me fait un clin d’œil. Je garde les mains jointes et souris timidement. Il demande à un moine de m’apporter du lait de soja et des friandises. Comme nous n’avons pas le droit de manger d’aliments solides après l’heure de midi, je pourrais caller mes petites faims ! Il indique souriant que je peux rester ici autant que je le désire. Encore impressionnée par cette rencontre magique, je rejoins Brigitte. Demain petit-déjeuner à 7H30, levé recommandé à 4H30
La nuit est profonde au sein des rizières où seuls les humains dorment
Le croassement des innombrables grenouilles remplie mon bungalow, j’ai l’impression d’être allongée parmi elles. Leur chant est l’âme de la jungle qui nous entoure. De gros rats, montant le long des bananiers, se laissent tomber sur mon toit pour rejoindre l’autre rive. Avec la mousson, bon nombre de chemins sont immergés. Les quelques chiens sauvages vivants au monastère hurlent à la lune. Impossible de fermer l’œil les premières nuits. Je regarde à travers la moustiquaire de ma fenêtre le ballet des lucioles au-dessus de la rizière, tout me semble si merveilleux ! Des salamandres s’occupent de nettoyer ce qui reste de mouches, moustiques et fourmis autour de ma bassine d’eau…
Il est 5 heures
Le chant des moines remplace le silence qui finalement s’installe vers minuit. C’est l’heure de la première prière des moines et de ma première méditation. Se doucher à l’eau fraîche du matin puis commencer par la méditation en marche pour énergiser le corps pendant 30 minutes puis méditer assise pendant 30 minutes. Sentir la paix régner, en écoutant au loin les chants religieux. Sentir l’odeur des bananes mures, de l’herbe mouillée par la mousson et des encens. La solitude. Ouvrir les yeux, véritablement, après une heure de méditation. Voir sur la rizière un groupe d’oiseaux sauvages, immenses, blancs au long cou noir, à l’œil encerclé de rouge. Etre présente à cette nature dont mon souffle ne dérange pas l’énorme lézard qui grimpe le long de ma jambe.
À 6 heures
Les moines partent collecter en campagne leur nourriture (cela s’appelle le : tak-bat). En effet, ils ne peuvent se nourrir que par l’aumône. Les habitants déposent, dans les corbeilles des moines, emballés dans des sachets en plastiques toutes sortes de plats cuisinés ou du riz et des fruits. Ils ne disent jamais « merci » car ils considèrent que les habitants le font pour améliorer leur karma et atteindre dans une autre vie le nirvana. De retour au temple vers 7H, des civils qui viennent aider bénévolement regroupent les différents plats et préparent un gargantuesque petit-déjeuner souvent constitué de poissons séchés, de riz gluant et de délicieux fruits exotiques.
La première semaine, nous avions deux adorables veilles femmes volontaires. Venues car elles souhaitent qu’Acha réponde à leurs questions, elles espèrent ainsi trouver les bons numéros pour la prochaine grande loterie nationale
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Le petit-déjeuner
J’arrive dans la grande salle à manger vers 7H30. C’est une immense pièce blanche rectangulaire. Il n’y a pas de mur, seules d’immenses baies vitrées. Cela donne l’impression de manger dans le jardin du monastère. Le matin, avant le petit-déjeuner, les moines se rhabillent de leur Kesa (large bande de tissu, couleur moutarde en Thaïlande). Ainsi comme le veut la tradition, ils dévoilent correctement leur épaule droite. Avant le repas, la prière commence. Les deux femmes se lèvent et durant la prière verse le contenu d’une bouteille d’eau minérale dans un verre. Ensuite elles iront choisir un arbre ou une plante à qui offrir cette eau bénite afin que le cycle de la vie continue encore et encore.
Au temple, il n’y a habituellement qu’une dizaine de moines et une none (Brigitte). Mais en période de mousson (juillet à septembre), comme le veut la coutume, des hommes se font novices et certains deviennent moines. En Thaïlande, il est bon pour chaque homme d’être moine, au moins une fois dans sa vie. Ainsi, même le Roi a été ordonné moine (8 jours). À la fin du repas, les moines entament un autre chant et tous se lèvent.
Je reste seule face à ma pratique. Le temps des repas et un des uniques moments d’échanges. Les femmes n’ayant pas le droit de s’adresser en premier à un moine, je ne leur parle que lorsqu’ils m’adressent la parole. Ils essayent un peu de discuter avec moi lors de leurs rares moments libres. En m’offrant un café (parfois même une cigarette !), en me posant quelques questions en Anglais. Il suffit que j’indique que je n’ai plus de sucre pour que 5 moines différents viennent à mon bungalow m’en proposer… J’étais seule face à la pratique et entourée d’un silence plein de bienveillance.
Au repas de 11 heures
Il y a souvent des familles entières, habillées élégamment pour l’occasion. Elles arrivent chargées de mets délicieux, puis vont faire des offrandes et prier à l’un des temples. J’ai rarement aussi bien mangé. Des poissons, calmars et crevettes roses parfois même du crabe cuisiné avec une multitude d’épices, du poulet, du porc pimenté ou sucré, des légumes verts très acides et toujours du riz gluant… Parfois c’est la bouche en feu que je découvre une omelette ou un pain de riz bourré de chili rouge. De ces familles il me reste des regards. Comme, celui d’un vieux monsieur thaïlandais m’apportant en désert, telle une offrande, une gelée verte fluo entourée de pétales de fleurs d’orchidées sur une feuille de bananier. Restant près de moi pendant que je mange pour voir si cela me plait.
Les moines ne conservent aucun aliment. Après notre repas, les familles donatrices se nourrissent des innombrables restes, puis vient le tour des travailleurs du temple, enfin, enfin c’est celui des villageois toujours bienvenus. Les immenses quantités de nourriture offertes aux moines sont ainsi toujours redistribuées.
L’après-midi
Il y a pause pour tout le monde de midi à 13H30. Les moines sont dans leurs bungalows. C’est l’heure de la lessive, du ménage, de la pause-café ou de la sieste. L’après-midi, c’est 5 à 6 heures de méditation. Seule. À marcher le long de la rizière ou devant le temple. À méditer assise devant mon bungalow, dans le jardin ou dans l’un des temples. C’est trouvé la patience et la persévérance. Doucement, le vide arrive pour laisser place au moment présent, au calme intérieur. Juste cet instant, ces secondes, ce temps d’expiration, le regard mi-clos avec une vraie présence au monde. J’ai trouvé ce que j’étais venue chercher.
À 17H, les moines chantent au temple principal
Comme dans les autres temples thaïlandais, la puja (prière) de fin d’après-midi, apporte sont lot de civils au temple. Les mélodies harmonieuses des chants des moines bercent, à travers quelques haut-parleurs, tout le jardin du monastère. Les immenses statues de Bouddha, majestueusement disposées dans le jardin, semblent éternelles et nous suivre d’un regard protecteur. Il flotte dans l’air l’odeur des encens, appelant au calme et à la pratique. Le soleil dardant enfin un peu moins ses puissants rayons, nous permet de méditer assis sur l’herbe. Le temps s’arrête, ensemble, moines et civils, récitent les paroles de Bouddha puis méditent.
À 18H
Certains soirs, Ma See Brigitte m’attends. Je peux enfin parler. Un flot ininterrompu de questions et de réflexions me taraudent. Après quelques réponses, Brigitte me rappelle doucement que je ne suis pas là pour penser mais pour pratiquer. Heureusement, qu’elle a le sourire ! Nous pratiquons d’autres formes de méditation (que celles détaillées dans le premier post) comme celle qui se nomme Metta (love and kindness).
Enfin,
Pas de lecture, pas de musique, ne pas penser, faire de chaque acte quotidien un acte pensé et réfléchi. Le temps, la vie prennent un nouveau rythme, un nouveau sens. C’est un vrai cadeau ! Précisons que la situation des nones est beaucoup plus difficile que celle des moines. En effet, celles-ci n’ont pas le droit de faire la quête de nourriture le matin et les croyants offrent plus volontiers de l’argent ou des cadeaux aux moines. Aussi, elles vivent souvent dans le plus grand dénuement. Et, si vous avez l’occasion, n’hésitez pas à aller à leur rencontre. Ils sont à notre connaissance toujours heureux d’échanger. On a tant à apprendre au contact des autres…







Quelle expérience ! A la lecture de ce post, on comprend que méditer n’est pas si simple, et que cela nécessite un exercice régulier.
Depuis ta sortie du temple pratiques-tu toujours la méditation ? Il paraît que la faculté de vivre « le moment présent » dépend aussi de la répétition de ces exercices ?
Peux-tu également nous préciser si tu as dû faire preuve de motivation avant d’être admise au temple ?
Ton récit m’invite à essayer les exercices…..
Bonne continuation !
Take care
Nanou,
Depuis la sortie du temple et malgré de bonnes résolutions (!!!) je n’ai pas beaucoup pratiqué mais cela va venir… Effectivement, l’intensité du moment présent se ressent avec une pratique régulière, il suffit de 10 minutes par jour, au lever, pour que la journée s’en trouve modifiée! Cela apporte un vrai recul.
Pour commencer la pratique, je conseille vivement de trouver un professeur. Un guide est nécessaire pour trouver Sa voie intérieure. Après une pratique, certaines choses sont acquises pour la vie!
Je n’ai pas passé d’examens d’entrée! En revanche, il faut être motivé pour passer les premiers jours difficiles. Parfois, la lenteur des exercices et le vide intérieur deviennent exaspérants. Le vipassana est ouvert a tous! Il y a des centres partout dans le monde et notamment plusieurs en France… (il faut juste compter une donation au temple).
Berangere
Hello Bérangère , c’est Brigitte…non pas la nonne mais la « tata » ..Je n’imagine même pas ma tête rasée de près!
Je viens de rattraper le temps …J’ai tout lu de vos multiples aventures ,tout vu les photos,et reportages. Bravo !Quel progrès …autant dans la qualité des témoignages que dans le chemin personnel parcouru. Tu m’épates ma grande . Je suis fière de toi et te souhaite de continuer aussi bien.
J’ tente la petite méditation pour enlever les idées fixes mais c’est pas mon genre ..Ch’uis pas patiente pour deux roupies .
Bises tout plein . Brigitte