Nous sommes toujours très heureux de rencontrer des gens passionnés. Cette fois-ci, il s’agit de Michel Huteau, un reporter-photographe, passionné par l’être humain et sa diversité. Cette rencontre fut pour nous toute particulière car nous partageons la même passion. Au cours de notre discussion, nous nous sommes aperçus que Michel était l’un des auteurs d’un film, avec Patrick Bernard, qui nous avait, il y a une quinzaine d’années, ouvert une porte sur le monde et donné cette envie de le parcourir la camera à la main. Il s’agissait du documentaire sur les femmes dites girafes, diffusé à l’époque par « Visages et Réalités du Monde ». Nous étions alors très jeunes. Et nous voilà, quelques années plus tard, en face de lui, à être émerveillés par ses nombreuses aventures…
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C’est dans l’une des rues principales de Vientiane (capitale du Laos), à proximité de Namphu (grande fontaine), que nous sommes rentrés dans un magasin pas tout à fait comme les autres. Il s’agit de la « Carterie du Laos ». Ce petit magasin appartient à Michel Huteau, un reporter-photographe, qui s’est « sédentarisé » ici, il y a une vingtaine d’années. Il propose une large palette de cartes postales, toutes prises par ses soins. Il suffit d’en regarder un échantillon pour comprendre la motivation de cet homme. Une très grande partie d’entre elles sont de magnifiques portraits des minorités locales.
Ses premiers pas
La photographie, il est « tombé dedans » nous dit-il ! Son premier appareil, il l’a eu quand il avait sept ans. Ensuite, il a travaillé chez un artisan-photographe. C’est là qu’il a tout appris. Puis, il est entré dans l’aérospatiale où il s’est occupé de la photographie pendant près de vingt ans.
C’est en 1975 qu’il part pour la première fois sur la route et réalise son premier reportage. Il fait alors, tranquillement, le tour de la Turquie. Il est équipé de son appareil photo et d’une caméra 16 mm. Un tremblement de terre survient, il tourne, et, vend son premier film. Motivé par cette première expérience, il commence à sillonner la planète à la quête de communautés méconnues. Ainsi, au début des années 80, il réalise un reportage photo, publié dans la revue Grand Reporter, sur les minorités du nord de la Thaïlande, les « Têtes d’argents ». Ce reportage marquera le début de sa « carrière » de grand-reporter.
Les pays fermés
Michel Huteau aime découvrir des endroits traditionnels. C’est pour cette raison qu’il s’est rendu principalement dans des pays communistes. « C’est par choix », nous dit-il, « l’envie de découvrir ces pays « fermés » était, chez moi, plus forte que tout ! C’était ces pays que je trouvais intéressant ». Il s’est rendu en Pologne, en Albanie, en Chine et bien d’autres pays encore. Il a réussi à entrer en Corée du Nord. « Je suis l’un des trois reporters à avoir réussi à entrer en Corée du Nord. Je suis resté un mois. J’ai pu faire ce que je voulais… J’ai donc fait le tour du pays. » En Chine aussi, à l’époque, il fallait des permis pour circuler. Il y a réalisé un long tournage, échelonné sur quatre années, avec une nouvelle fois, Patrick Bernard. Les caméras 16mm étaient pourtant interdites…. Il en est sortie un documentaire dans une région du sud où vivent plus de 80 minorités dont des Miao et des Dong : « princesses du GUIZHOU ». Il fut programmé par le circuit de Connaissance du Monde.
Michel est incapable de nous dire le nombre de reportages qu’il a réalisé et qui ont été publiés. Son travail est paru dans les plus grands magazines (Géo, National Géographic, Grand Reporter, VSD, etc…) ainsi que dans des revues étrangères. Il nous a apporté un classeur rouge dans lequel il conserve « quelques » articles. L’épaisseur du classeur est impressionnante, et surtout, la diversité des reportages qu’il contient ! Pour n’en citer que quelques-uns : Les Jarawa des iles Andaman, les Zemi Naga du Nagaland (Inde), les Mlabri, dernier peuple nomade vivant sur la frontière entre la Thaïlande et le Laos. Ils ne sont plus que 150… ainsi que de nombreux pays communistes. Sans oublier quelques livres et plusieurs participations à des ouvrages communs.
Il a également réalisé des films documentaires. Il est notamment auteur, avec Patrick Bernard, d’un magnifique film sur les “Femmes Girafes” de Birmanie. Diffusé en salle par “Visages et Réalités du monde”. C’est également lui, le premier à avoir publiée des photos de cette communauté (Padaung) communément appelé femmes girafes. Les derniers documents remontant à 1945, suite à la fermeture des frontières en Birmanie. Il a aussi réalisé « les Enfants de Bogota », un film tourné en Colombie. Ce reportage a été diffusé dans l’émission Envoyé Spécial. Un film poignant qui a profondément marqué les téléspectateurs d’Antenne 2 ! Il a réalisé ce tournage avec une petite caméra Hi-8 et nous raconte que « cela n’a pas été simple… À la fin, je ne pouvais vraiment plus rester… ça devenait trop dangereux, c’était vraiment limite » !
Respect et honnêteté
Des problèmes ? « Non, jamais ! ». Selon lui, c’est grâce à sa méthode : « Je ne cache jamais ce que je fais. Si on me le demande, je dis simplement ce que je souhaite entreprendre, sans rien cacher. Si jamais les autorités ne sont pas d’accords, alors je pars. Mais dans la plupart des cas, ils m’ont laissé faire. D’après moi, il faut être honnête et respectueux, c’est la meilleure des façons pour travailler durablement. Ça ne sert à rien de jouer au héro ! ».
Puis, curieux comme nous sommes, nous lui demandons de nous expliquer sa stratégie pour entrer dans ces pays dit « fermés » : « Je m’arrange toujours pour connaitre quelqu’un. Cette personne m’introduit ensuite auprès d’autres responsables. Là, comme toujours, j’explique ce que je souhaite réaliser ». Et voilà, comment il a réussi, si simplement, à travailler dans des pays et des régions méconnus. Il travaille seul et suit son instinct. « La plupart du temps, je pars seul avec un guide qui me sert d’interprète. En Chine, j’étais accompagné d’un assistant. J’étais équipé d’une caméra 16 mm, c’était donc très lourd pour un seul homme. Mais c’était une exception, car sinon, je travaille toujours seul ! Des commandes, j’en ai fait une ou deux… et ça m’a suffit ! J’ai besoin de garder mon indépendance, de choisir seul mes sujets, c’est fondamental pour moi ».
Il ne reste jamais trop longtemps avec les communautés qu’il rencontre car il ne veut surtout pas les déranger, d’autant plus quand ils sont très pauvres. Ces gens lui offrent généralement le gite et le couvert, il ne veut donc pas en abuser. Dès qu’il ressent que sa présence commence à être néfaste, alors il s’en va.
Des regrets, il n’en a pas. La planète est grande, il n’a donc pas pu tout découvrir… Il nous dit tout de même, qu’il aurait bien aimé visiter l’Iran et l’Afghanistan… mais bon, c’est comme ça ! Et, la Russie est, à ses yeux, un pays qui regorge encore de mystères et de « recoins » non explorés !
La Carterie du Laos
Michel s’est installé au Laos en 1989. À l’époque, il y était venu pour y réaliser un nouveau reportage photo. Le Laos est composé de nombreuses communautés et ethnies diverses. Dans les années 80, il était difficile d’y venir. Et puis finalement, il n’est jamais reparti ! Il nous dit « ainsi le voulait la vie », c’était son destin : « Je n’avais aucune envie particulière de vivre ici. Je pensais que je vivrais une « retraite » heureuse à Madagascar. Mais mon destin l’a voulu autrement. J’ai ouvert cette boutique, la Carterie du Laos. Celle-ci me permet aujourd’hui de continuer à prendre des photos, à mon rythme, en toute indépendance, comme je l’ai toujours fait ».
Sa boutique ressemble à une petite caverne d’Ali Baba ! Un mur entier est consacré aux cartes postales. De magnifiques clichés d’ethnies diverses se côtoient. Il renouvelle régulièrement sa collection. Vous trouvez également des clichés plus anciens, de magnifiques portraits, enrichissant ainsi l’achalandage du lieu. Vous trouvez aussi de nombreux livres ainsi que des cartes artisanales. Ces cartes sont faites par des femmes, assises derrières le comptoir. Elles découpent des éléphants, des palmiers et les assemblent ensemble pour créer de très jolies cartes postales faites à la main.
Le petit guide du Laos
C’est assis devant la boutique, sur une petite table ronde, en pierre, en face d’un magnifique temple bouddhiste, que nous continuons notre discussion. Michel nous explique à présent, son implication dans un nouveau projet : la naissance du petit « Lao PDR Guide » qu’il a créé quelques années en arrière avec Julien Schadegg. Il s’agit d’un petit guide touristique. En 2003, Michel expliqua son idée à Julien. Ce dernier fut enchanté et décida de s’occuper de toute la partie graphisme et de la mise en page. Michel, quant à lui, était en charge des photos et du texte. Et c’est ainsi, que quelques mois plus tard, le premier numéro fut distribué gratuitement aux touristes. Il s’agissait de l’édition 2004.
La version 2010 est déjà prête. Il s’agit du septième numéro. Le guide a évolué et est aujourd’hui beaucoup plus alléchant, le graphisme étant plus aguerri. Ils se financent avec les encarts de publicité. Le concept fonctionne très bien. Le tourisme se développe de façon constante, les annonceurs sont de plus en plus nombreux. L’année prochaine, une nouvelle langue viendra s’ajouter au lao, à l’anglais et au français : le japonais.
Ce petit guide est désormais tiré à 80 000 exemplaires. Il se trouve un peu partout, trônant sur les comptoirs des restaurants et des magasins des grandes villes du pays. Et bien entendu, il est gratuit !
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« Spot Light »
Julien Schadegg est arrivé au Laos en 1998. Il avait alors 19 ans. Il est venu rejoindre son père. En travaillant sur le guide, Julien a trouvé sa voie. Petit à petit, il s’est entouré d’une équipe d’une vingtaine de personnes (GB Lao Media). Cette équipe mixte, composée à la fois de Lao, de français et d’autres nationalités, sont en ce moment entrain de préparer le lancement d’un magazine culturel et informatif, « Spot Light ». Il est destiné, dans un premier temps, à la compagnie aérienne du Laos. Le contenu est le point central du magazine. Il sera équilibré, chaque trimestre, par des reportages de leurs photographes « maison » et des articles concernant l’actualité nationale. Ainsi, ce premier numéro est axé sur les jeux asiatiques, qui auront lieu en décembre prochain au Laos.
Pour de plus amples informations, nous vous invitons à consulter le site de GB Labo Media : www.gblao.com
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Et si vous voyagez au Laos, n’oubliez pas de faire un tour à la Carterie du Laos : 118/2 rue Setthathirath, Vientiane, Lao PDR.







Bonjour Michel,
Nous nous sommes rencontrés à Vientiane entre 1989 et 1992, alors que mon mari, patrick, travaillait à l’ambassade. J’ai eu un plaisir immense en découvrant tout ce que vous aviez fait depuis tout ce temps et je voulais simplement vous dire bravo. J’avais promis d’emmener mon fils pour ses 18 ans au laos (histoire de lui faire découvrir le pays dans lequel il avait fait ses premiers pas) et je ne manquerai pas de passer par votre carterie. Je pense faire cela courant 2010.
Je présente régulièrement votre ouvrage sur le laos autour de moi car les photos y sont extraordinaires.
Avec mon meilleurs souvenir et peut être à bientôt
chantal cufi-peytavi
Je serais très prochainement au Loas, je vais essayer de me rendre à la Carterie en espérant pouvoir rencontrer Michel Huteau, qui a un parcours passionnant !!
Amicalement,
Laurence
@Laurence : Très bonne idée! Tu verras, ce n’est pas quelqu’un qui aime beaucoup parler de lui… et pourtant, il en a des choses à raconter! C’est vraiment une personne à part! (Passes le bonjour de notre part!)