Reportage | Une ferme à soie d’exception !

Posté le 16 septembre 2009 par Web-Reporter


26 Août 2009. Vientiane (capitale de la RDP Laos), salle de presse de la « Lao Journalist Association»

À l’issue de la conférence présentant les lauréats Lao récompensés lors de la manifestation « ASEAN » (concours sur l’artisanat), une femme d’exception, Mme Kommaly CHANTHAVONG, est venue nous trouver. « Venez à ma ferme, vous ne le regretterez pas ! » nous lance-t-elle. Elle fait partie des gagnantes de ce grand concours international. Elle a été récompensée pour une étoffe fabriquée et brodée à la main dans sa ferme de soie « Mulberries ». Âgée d’une cinquantaine d’années, Kommaly nous inscrit énergiquement, sur notre carnet, le téléphone portable de sa fille, Loc CHANTHAVONG.

De gauche à droite : Mme Rassanikone NANONG, Présidente de la « Lao Handicraft Association » et Mme Kommaly CHANTHAVONG, Fondatrice de l’organisation « Mulberries »
De gauche à droite :  Mme Kommaly CHANTHAVONG, Fondatrice de l’organisation « Mulberries » et Mme Rassanikone NANONG, Présidente de la « Lao Handicraft Association


28 Août 2009, direction la province de Xieng-Kouang au Nord Est du pays

Loc est une jeune femme dynamique d’une trentaine d’année. Elle est venue nous accueillir au stand de bus. Un peu plus tard, autour d’une « Lao Beer » fraîche, nous faisons connaissance : « Je suis née à Nong Khaï, en Thaïlande. J’ai vécu mes dix premières années ici, à Xiengkouang. Puis, je suis partie aux Etats-Unis, dans le Minnesota, où j’ai vécu jusqu’à maintenant. J’y ai fait mes études. Chaque année, pendant mes vacances scolaires, je revenais ici, à la ferme. L’eau courante et l’électricité n’existaient pas encore ».

Kommaly, sa mère, a tout construit seule. En 1976, elle obtient du gouvernement la location d’un terrain de 17 hectares. Elle s’y installe, dans une petite maison près de la rivière. Loc nous raconte : « Les gens de la région disaient que le terrain était rempli d’esprits, que jamais rien n’y pousserait. Ils disaient de ma mère qu’elle était folle… » . Et pourtant, c’est ainsi qu’elle a fondé sa coopérative de production de soie. Aujourd’hui, sur ce même terrain, pousse de nombreux mûriers. La ferme coopère avec plus de 2000 villageois répartis sur 5 provinces. Et c’est cela qui motive Kommaly. Elle nous en explique la raison en nous contant une partie de son enfance : « Lorsque j’étais petite, mon père produisait de l’opium. C’est une activité très dangereuse. Nous étions obligés de nous cacher. Cela nous a coupé de la vie du village, nous a isolé. Je pense que la production de la soie est une bonne alternative. C’est pour cela que nous travaillons avec autant de villageois, parfois éloignés de plus de 8 heures de route d’ici. Nous enseignons le processus de production aux leaders des villages. Nous souhaitons développer cette activité afin qu’un jour, sur nos marchés, la soie soit Lao et non Thaïlandaise ou Vietnamienne. Cela permettra de soutenir de nombreux emplois». Surement trop humble, elles ne nous disent pas que Kommaly a été nominée au prix Nobel de la paix en 2005 et qu’elle a reçu un Award de l’UNESCO en tant que meilleure artiste, en 2002. Chaque année, elle remporte de nombreux et divers prix…

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À droite, Loc dans un des 200 villages partenaires de la ferme
À droite, Loc dans un des 200 villages partenaires de la ferme


Loc ajoute « désormais, je vais la seconder. J’ai décidé que ma vie serait ici et non plus aux États-Unis. Je m’occuperait dorénavant de la ferme et de nos magasins à Vientiane et à Luang Prabang».

Nous sommes sur la terrasse de la maison où elle souhaite accueillir ses futurs invités. Loc met en place un tourisme écologique. Les touristes, en plus d’apprendre tout le processus de création de la soie, pourront fabriquer leur propre étoffe ! Ils disposeront de métiers à tisser et apprendront les gestes méthodiques que requiert cet instrument. La vue à 360°, à partir du balcon de la maison, est splendide. Loc nous indique, rieuse, que de précédents visiteurs ont comparé cette campagne à la Suisse. À nos pieds, de jeunes mûriers reposent sur leur compost, et plus loin, des vaches rentrent à l’étable. Les collines sculptent joliment l’horizon et la nature emplie le silence de ses mélodies exotiques. Eclairée à la lueur d’une bougie, la jeune femme n’arrête pas. Occupée par ses deux téléphones, le nombreux personnel de la ferme, les affaires en cours et nos innombrables questions… elle tourbillonne efficacement pour tout gérer. Impressionnante !

29 et 30 aout 2009, découverte de la ferme Mulberries

La ferme est implantée sur un terrain qui a été très sévèrement bombardé durant la guerre du Vietnam (« La guerre secrète »). Après quelques années de travail rigoureux et de persévérance, l’acidité du terrain a disparu pour laisser place à un sol fertile, aujourd’hui recouvert d’une herbe grasse et de nombreux mûriers. La soie y est désormais produite quotidiennement en respectant le cycle naturel. La ferme est entièrement organique (compost, teinture, tissage, …). De plus, la fondation Mulberries a obtenu le label « Fair trade » (commerce équitable) en 1995.

Le cycle de production


1. Les Vaches

Les vaches de la ferme Mulberries
Les vaches de la ferme Mulberries


Ces belles vaches, au-delà de nourrir et de fournir du lait à la ferme, sont un des éléments essentiels à la production de la soie. Tous les matins, vers 7H30, une fois leur enclos ouvert, des travailleurs viennent récolter leurs excréments.

La récolte quotidienne des excréments
La récolte quotidienne des excréments


2. Le compost

Afin de fournir un compost fertile aux mûriers, les excréments sont recouverts d’herbes sèches. Au soleil, le temps fait son effet… Ensuite, ce compost est utilisé pour fertiliser les mûriers. Les feuilles de ces derniers sont l’unique aliment des vers à soie. Dans cette ferme, on récolte aussi les feuilles pour fabriquer du thé ou faire des soupes.

Préparation de l’engrais, mélange des excréments et d’herbes sèches
Préparation de l’engrais, mélange des excréments et d’herbes sèches


3. La nurserie des vers à soie

Trois fois par jour, les vers à soie sont nourris de feuilles de mûriers nettoyées et prédécoupées. Les vers vivent et grossissent dans un environnement sanitaire de haute qualité. Blouse blanche, masque de chirurgien et gants sont essentiels lorsque vous allez à leur rencontre. Leur maison est fraîche. Des moustiquaires sont installées partout et un sas d’entrée est nécessaire pour éviter à d’autres insectes d’y pénétrer. Car, saviez-vous qu’il suffit que l’un d’entre eux meure pour que tous succombent ?

Vers à soie se nourrissant de feuilles de mûriers fraîchement découpées
Vers à soie se nourrissant de feuilles de mûriers


4. Les cocons

Après 24 jours, les vers commencent à émettre de la soie pour créer leurs cocons. Ils sont alors déposés dans une nouvelle maison de haute qualité sanitaire. Ils sont installés, un par un, dans des bacs compartimentés en bois.

Les vers à soie sont très protéinés. En visite à la ferme en même temps que nous, la FAO (Food and Agriculture Organisation of the United Nations – ONU) essaye de trouver une solution à la malnutrition au Laos, et ces vers en sont une !

Nous avons goûté des larves de frelons. Malgré la surprise d’y gouter, nous n’avons pas trouvé cela désagréable. Les larves de frelons sont dangereuses à récolter, donc leur prix est élevé. En revanche, les vers à soie pourraient être sur les marchés locaux à moindre prix ! Car pour la production de la soie, une fois les vers transformés, certains sont gardés pour la reproduction mais pas tous.

Cocons de soie, naturellement blancs ou jaunes
Cocons de soie, naturellement blancs ou jaunes


5. Récolte de la soie autour des cocons

Nous avons suivi le processus manuel de récolte de la soie autour des cocons. À Mulberries, le système manuel est employé afin de fournir du travail à de nombreuses personnes, mais ils ont aussi des machines afin de répondre à la demande (travaillant vite et donnant une soie d’une qualité différente).

Pour récolter la soie, les cocons sont plongés dans une marmite d’eau bouillante. Ainsi, facilement, la soie se sépare du cocon. Les travailleuses réalisent un premier fil.

Récolte de la soie sur les cocons
Récolte de la soie sur les cocons


6. Les fils de soie

Les premiers fils sont bouillis et séchés au soleil. Puis, à la ferme ou dans un des nombreux villages coopérants, les fils sont tressés par deux, trois ou quatre fils en fonction de la qualité voulue. Les villageoises réalisent ce travail en plus de leur travail agricole. « Cela m’apporte un plus financier», nous confie l’une d’elle. Elles travaillent à leur rythme. Par exemple, en période de mousson, elles ont plus de travail dans les rizières et donc apportent moins de temps de travail à Mulberries. La ferme s’organise en conséquence.

Fils de soie naturelle entrain de bouillir
Fils de soie naturelle entrain de bouillir


Tressage des fils dans l’un des villages 1
Tressage des fils dans l’un des villages 1


Tressage des fils dans l’un des villages 2
Tressage des fils dans l’un des villages 2


Toutes les teintures sont organiques. L’environnement est si important !


Il faut un mois pour obtenir de l’indigo à partir de végétaux
Il faut un mois pour obtenir de l’indigo à partir de végétaux


7. Dernière étape, tissage !

C’est à travers un petit chemin bordé d’arbres fleuris que nous nous rendons à la rencontre des tisseuses. En chemin, Loc nous explique « ce travail demande de la concentration, elles sont isolées dans cette maison pour pouvoir mieux travailler ». L’endroit respire la paix, tout comme les tisseuses. Seul le bruit du bois touchant le sol, lorsque le pied appui sur l’une des pédales permettant d’écarter deux tissages, vient troubler la quiétude.

Tisseuse
Tisseuse


Les femmes travaillent sans dessin. Elles connaissent les motifs, les couleurs. Certaines tissent depuis leur enfance, lorsque le soir elles regardaient leur maman faire. C’est ici, qu’a été brodée l’étoffe qui a gagné le premier prix !

La tradition de la soie laotienne perdure et est encouragée à Mulberries. Comme alternative à l’opium, à l’agriculture par brûlis qui détruit les forêts et comme gardienne des traditions. Sur les marchés locaux, si la soie laotienne remplace peu à peu la soie thaïlandaise ou vietnamienne, ce sont de nombreuses familles Lao qui obtiendront un apport financier pour améliorer le quotidien.

Acheter local, à une organisation qui…

• respecte les règles du commerce équitable,
• privilégie le travail fait « main » pour créer des emplois,
• forme ses employés pour leur permettre de se développer
• suit un processus écologique et durable…

Voilà un bel exemple !

Pour en savoir plus, visitez le site de « Mulberries »

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Comments

  1. Bravo !
    merci de nous avoir fait partagé cette aventure…
    Et toujours cette belle plume !!!
    On pense à vous
    ju

  2. Sabaidee!!

    J’espere que vous profitez bien du Laos, ca reste un de mes pays favoris!! bamboo rice…. hum!

    merci encore pour les aventures et les explications! De mon cote, mon blog reprend du service avec un depart tres attendu…. le 01 oct! Voici qui me reste encore un peu de temps pour decuver des vendanges! hic!!

    bons baisers a vous deux!
    Dans l’espoir que tres bientot votre chemin croise le notre… millllll baisers d’amour!

  3. Ca fait du bien de vous lire! et cela nous rappelle tellement de beaux souvenirs!

    Bisous

    Audrey et Bruno

1 Trackbacks For This Post

  1. Série | Laos : Fin du Tournage ! | Web-Reporter says:

    [...] En préparant quelque peu notre arrivée au Laos et en fouinant sur internet, nous avons découvert ce journal en français (lire l’article Le Rénovateur – Un rayon de francophonie). Nous avons décidé de nous y rendre et de rencontrer ses journalistes car qui mieux qu’eux pourraient nous expliquer et nous faire découvrir des sujets intéressants… Nous tombons aussitôt sous le charme de cette petite rédaction. L’accueil est chaleureux et l’atmosphère, simple. Nous nous sentons très bien et décidons de les suivre pendant trois jours. Nous rencontrons son fondateur, M. Soumsanouk Mixay, appelé Michel, qui jouera par la suite un rôle majeur dans le déroulé de notre tournage. Il est le vice-président de l’association des journalistes Lao. Tout d’abord, il nous invite à une conférence de presse où nous avons rencontré Mme Chanthavong, la fondatrice de la ferme à soie « Mulberries » (lire l’article Une ferme à soie d’exception !). [...]

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